mardi 26 juillet 2016

Mon village passe au vert

Reportage: mon village passe au vert
En Alsace, Ungersheim est à la pointe
de la transition écologique et énergétique.
Notre journaliste a rencontré son maire et ses habitants qui ont décidé de montrer l'exemple.

La carriole avance au pas tranquille de Cosaque, le solide cheval comtois à la robe havane qui la tracte. Abrités sous la capote, Nathan, Elias, Maé, Yanis, Mathis... Une dizaine d’écoliers rentrent chez eux pour le déjeuner dans un joyeux brouhaha. David Sandmann, employé municipal, fait office de cocher. 

Ce spectacle quotidien n’intrigue plus les habitants d’Ungersheim. Dans ce bourg du Haut-Rhin de 2 200 habitants, situé à une vingtaine de kilomètres de Mulhouse, c’est en calèche que les enfants se rendent à l’école depuis 2008

"Je trouve cela bien. Pas de pollution. Les voitures sont obligées de ralentir et les enfants sont contents", commente Jérôme Antoine, retraité des mines de potasse qui constituèrent, jusque dans les années 1990, un pilier de l’activité économique de la région. À 76 ans, personnalité incontournable du conseil des sages du village, il habite toujours l’une des maisons de la cité minière construite après-guerre. 

Cosaque et son congénère, Richelieu, sont des chevaux cantonniers que la commune emploie pour le transport scolaire, mais aussi pour diverses tâches comme l’arrosage des plantations ou les travaux des champs de la régie agricole municipale. 

Créée en 2015, celle-ci expérimente le maraîchage sans traitements chimiques. 

 Apporter une pierre à l’édifice 


 

(Jean-Christophe Martineau, notre journaliste avec le maire de la commun d'Ungersheim, Jean-Claude Mensch)

Car Ungersheim est un village "en transition", l’un des premiers en France à avoir adopté en 2009 cette démarche qui mixe écologie, développement durable et démocratie participative. 

À l’origine de ce projet, Jean-Claude Mensch, le maire, un ancien de la mine lui aussi.Âgé de 70 ans, élu depuis 1989, il a choisi d’orienter le développe- ment du village vers un modèle de société plus respectueux de l’environnement, moins énergivore, plus solidaire. Utopie? "Nous apportons notre pierre à l’édifice", répond-il, franc sourire et regard bleu pâle. "Et puis, surtout, nous montrons qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il est possible d’agir!"

À Ungersheim, l’engagement de la commune dans la transition s’est traduit par la mise en place d’un conseil participatif où siègent une cinquantaine d’habitants qui planchent sur différents thèmes: agriculture, eau, cohésion sociale, mobilité accessibilité, sport, culture, énergie renouvelable... Des propositions sont ensuite transmises au conseil municipal. 

Au fil des ans, Ungersheim a multiplié les chantiers: le retrait des traitements phytosanitaires et engrais chimiques dans les espaces verts, le remplacement des produits d’entretien issus de la pétrochimie par des substituts bio, l’éclairage public par des lampes Led, économes en énergie. D’autres nécessitent davantage d’investissements financiers et humains. Comme la centrale solaire, la plus importante d’Alsace, implantée sur un ancien terrain des mines de potasse. "Je suis réaliste, je sais qu’il est difficile de se passer du nucléaire pour l’instant, mais cette centrale, c’est l’avenir. Le soleil est gratuit", s’enthousiasme Jérôme Antoine au sommet du terril qui surplombe le site. À gauche, le regard embrasse le Grand Ballon des Vosges; à droite, la plaine et les monumentales installations du carreau Rodolphe, l’un des puits (des mines) désaffectés. Au pied du terril, neuf bâtiments abritent des PME et une cinquantaine d’emplois. 

Les 40 000m
de toiture sont recouverts de panneaux photovoltaïques et l’électricité produite est revendue à EDF. "Cela représente la consommation hors chauffage de 10 000 personnes", détaille Xavier Baumgartner, gérant de la société exploitant le site. La commune, pour sa part, perçoit un loyer. 

• Du bois pour chauffer et isoler 

La municipalité a également mis un terrain à la disposition d’une société civile immobilière regroupant neuf familles afin de bâtir un éco-hameau: "Le Champré". Gilles Barthe est l’un des futurs occupants de cette longue construction en paille bardée de bois de mélèze. Cet habitat bioclimatique comporte un système de chauffage collectif au bois, un chauffe-eau solaire, un jardin commun et sera particulièrement sobre en énergie grâce à son isolation performante. "Les murs ont 40 cm d’épaisseur", précise-t-il. 

À 52 ans, ce technicien des télécoms consacre tout son temps libre à l’aménagement de son logement. Visseuse en main, il fixe les panneaux recouvrant la laine de bois. "C’est un projet que l’on réalise une fois dans sa vie, alors je suis très méticuleux"! Il y a encore une année de boulot avant que la famille s’installe..." Curieux et admiratif, Jérôme Antoine se renseigne sur la résistance du bois, le circuit de la chaufferie. "Si j’étais jeune, je ferais comme vous. Bravo!", assure-t-il, l’œil brillant. 

Non loin du Champré s’étendent sur huit hectares les champs des jardins du Trèfle rouge, une association d’insertion qui pratique le maraîchage biologique. La trentaine d’employés produit chaque semaine 250 paniers de légumes de saison pour ses clients. 

Ce jour-là, Jérôme Antoine discute plans de tomates et d’oignons rouges avec Julie, l’une des stagiaires. Et lui indique une recette à base de choux de Bruxelles. "Manger sain, c’est important. Moi aussi je fais mon jardin. Tous les légumes et des fruitiers: pommiers, cerisiers, pruniers... Le bio, c’est une bonne chose. Et en plus, ici, cela permet à des gens de se réinsérer grâce au travail, ça me convient." 

L’exploitation alimente aussi le restaurant scolaire, qui propose des menus 100% bio,ainsi qu’une petite légumerie-conserverie. Baptisée De la graine à l’assiette, cette filière agricole locale est l’un des axes de la transition d’Ungersheim. "Il faut que les villes retrouvent une autonomie alimentaire pour ne pas rester dépendantes de la grande distribution. Il y a plus de 1000 hectares de terres agricoles dans les environs du village, mais quasiment aucune production alimentaire de proximité. Rien que du maïs. Un comble!" déplore Jean-Claude Mensch.

• Convaincre par l’exemple

Pour compléter la palette des commerces du bourg (pharmacie, boulangers, boucher-charcutier, coiffeur, buraliste, restaurant), une épicerie coopérative va ouvrir en 2017 sur la place de la mairie, dans les locaux bientôt désertés par La Poste. Les clients pourront, comme Jérôme Antoine, y payer leurs emplettes en "radis", la monnaie locale d’Ungersheim. "C’est un bon moyen d’aider les commerçants à fidéliser les consommateurs", dit-il en sortant de la boulangerie. 12000 radis sont en circulation dans la commune.

"Nous essayons de tracer le chemin", glisse Jean-Claude Mensch. Sur le tableau de la salle du conseil municipal, il a inscrit un poème de René Char: "Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque. À te regarder ils s’habitueront." Monsieur le maire aime la poésie. Celle qui guide l’action. Il sourit: "L’exemple est la seule manière de convaincre!"

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Sourcehttp://www.notretemps.com/famille/maison-developpement-durable/alsace-village-passe-vert,i119031

Posté par evynou35 à 11:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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