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La candidate amérindienne Deb Haaland
qui postule à un siège au Congrès,
ici en campagne le 1er octobre, à Albuquerque (Nouveau-Mexique).
Mark Ralston/AFP
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En 1992, les femmes ont occupé le devant de l’actualité électorale aux États-Unis : 47 d’entre elles faisaient alors leur entrée au Congrès, soit plus que durant toute la décennie précédente ! Le titre « d’année de la femme » qui a été donné à cette année-là rappelle depuis cet exploit.

En réalité, il y avait déjà eu une « année de la femme », en 1984 : elles étaient tellement nombreuses à s’être rendues rendues aux urnes pour faire entendre leur voix qu’on comptait 6 millions de votantes de plus que de votants. Du jamais vu depuis que le droit de vote leur avait été accordé, en 1920 !

Mais 1992 fut aussi été une année particulière : les femmes réagissaient à un combat très dur, lors de la nomination du juge Clarence Thomas à la Cour suprême. Celle-ci avait été imposée par un Congrès composé quasi exclusivement d’hommes, alors qu’une jeune femme, Anita Hill, l’accusait de harcèlement sexuel. Cet événement avait profondément choqué les Américaines qui s’étaient alors mobilisées en masse lors des élections qui avaient suivi.

Demain, bien plus qu’hier

Le parallèle avec notre époque n’est que trop flagrant et l’affaire Kavanaugh suffirait à elle-seule à s’interroger sur l’attitude des femmes dans le scrutin à venir, celui des Mid-terms (le 6 novembre prochain). Toutefois, en 2018, la crise est encore plus profonde : le mouvement #MeToo vient tout juste de fêter sa première bougie, alors qu’une première condamnation symbolique vient d’être prononcée : le « papa de l’Amérique », Bill Cosby, dort désormais en prison.

Par ailleurs, l’instruction se poursuit dans l’affaire Harvey Weinstein, dont le procès sera le point d’orgue de cette lutte pour que soit entendue et reconnue la parole d’une femme qui se dit victime d’un homme, même s’il est très puissant.

Bien entendu, c’est aussi et surtout à la tête de l’État, le locataire de la Maison Blanche, qui révulse toutes ces femmes. Nombre d’entre elles ne décolèrent pas depuis son élection.

De la résistance à la réaction

Elles le font savoir sur tous les tons, elles ont multiplié les mouvements de protestation, les manifestations de rue, les actes de « résistance ». Il s’agit d’un mouvement spontané auquel une grande majorité d’entre elles se sont associées, au nom de valeurs qu’elles veulent défendre et pour lutter contre ce qu’elles estiment être des attaques inacceptables – qu’il s’agisse de questions de genre, de race, de sexisme, de l’avortement, etc.

Peinture murale dans une rue d’Abulquerque. 
Mark Ralston/AFP

Le mouvement #MeToo a porté la colère, l’a amplifiée et l’a structurée. Le juge Kavanaugh a été précipité au milieu de cette lutte presque par hasard. Car, s’il a concentré sur son nom tous les griefs et toutes les colères, l’action qui sous-tend l’ensemble est bien plus profonde : on a pu s’en rendre compte lors des primaires qui, aux États-Unis précèdent toutes les élections.

Très vite, on a pu constater que des milliers de femmes s’étaient présentées sur les différents postes électifs à travers tout le pays et à tous les niveaux.

Plus étonnant encore, tout au long du processus électoral, qui a débuté en mars, le vote féminin est devenu de plus en plus important en nombre et en proportion, si on le compare à celui des hommes. Ce vote a renforcé l’impression première qu’il se passait effectivement quelque chose d’inhabituel : les femmes sont sorties en tête dans beaucoup de scrutins lors de ces primaires, puis en ont remporté de plus en plus, et ont fini par les dominer quasiment tous.

L’année de tous les records

À quelques jours du scrutin de mi-mandat, une chose est déjà sûre : on est dans un temps particulier qui s’inscrit dans la logique de ces trois années symboliques pour les Américaines : 1920, 1984 et 1992. L’année 2018 sera, à son tour, une année de la femme, et ce, quel que soit le résultat : la participation aux primaires a explosé dans certains États, jusqu’à doubler, voire tripler par rapport à celle habituellement constatée pour ce type d’élection.

Par ailleurs, le nombre de candidates a atteint un niveau record, avec des milliers de femmes qui se sont engagées. Le précédent record de 167 femmes candidates à la Chambre des représentants a été largement battu : elles sont 234 cette année. Pour le sénat, c’est la même chose, avec 23 candidates au lieu de 21, un nouveau record également. Il y aura également 15 femmes candidates au poste de gouverneur – un nombre jamais atteint à ce jour – sur un total de 36 postes à conquérir.

Avec quelques limites

Toutefois, lorsqu’on examine plus attentivement ces candidatures, on peut être un peu déçu : la plupart des femmes qui sont présentées aux suffrages le sont sur des postes non-éligibles. La bonne performance lors des primaires est donc un peu refroidie, car cela n’aura pas forcément servi à les amener jusqu’à la victoire finale.

C’est flagrant au niveau des gouverneures : Andria Tupola n’a aucune chance à Hawaii, pas plus que Paulette Jordan en Idaho, Mary Throne dans le Wyoming, Lupe Valdez au Texas, Molly Kelly dans le New Hampshire. De même, sept des 23 candidates au Sénat n’ont visiblement aucune chance d’être élues, à l’instar de Jenny Wilson qui est opposée à Mitt Romney dans l’Utah.

Stacey Abrams en campagne, le 22 mai dernier, pour le poste de gouverneure de Géorgie. 
Jessica McGowan/AFP

Mais on peut faire une autre lecture de ces combats électoraux : toutes ces femmes sont toutes arrivées au sommet, en figurant sur le bulletin de vote, et leur destin dépend désormais des électeurs. Car rien n’est impossible, dans aucun État, et des candidatures jugées totalement improbables voici à peine quelques mois nourrissent désormais de réels espoirs : Stacey Abrams en Georgie et Laura Kelly au Kansas sont en passe de devenir gouverneures dans des États très républicains, alors qu’elles sont démocrates et femmes.

Au niveau du Sénat, on va assister à des combats entièrement féminins, comme dans l’État de Washington (entre Maria Cantwell et Susan Hutchison), mais aussi dans le Minnesota (entre Tina Smith et Karin Housley), dans le Wisconsin (entre Tammy Baldwin et Leak Vukmir), dans l’État de New York (entre Kirsten Gillibrand et Chele Farley), dans le Nebraska (entre Deb Fisher et Jane Raybould) ou dans l’Arizona, (entre Kyrsten Sinema et Martha McSally). Autant de postes que les hommes ne pourront pas gagner en 2018.

Néanmoins, la déception sera forcément grande : s’il y a 13 sénatrices sortantes cette année, les femmes ne peuvent compter que sur l’élection de 11 à 13 d’entre elles au final. Au mieux, elles maintiendront donc leur nombre ! On ne changera donc pas encore cette fois-ci l’image d’une commission judiciaire sénatoriale très masculine comme on a pu le constater lors des auditions dans l’affaire Kavanaugh, qui a tant choqué la majorité des Américaines.

Pas très loin du sommet

Si on scrute les étages situés en dessous du Sénat ou des postes de gouverneurs, on mesure qu’il s’est réellement passé quelque chose : c’est là que s’est faite la vraie différence, à la Chambre des représentants ou dans des élections plus locales.

En plus de record de candidates, flagrant au Parti démocrate – avec 183 prétendantes contre seulement 51 au Parti républicain –, il faut souligner que 133 des candidates sont des personnes de couleur et, plus étonnant encore, 158 sont totalement novices en politique !

Au Parti démocrate, près de 40 % des candidats sont donc des candidates – du jamais vu. La Chambre des représentants, qui compte actuellement 84 élues (22 % du total), devrait donc changer de visage.

Dans les assemblées des États, 87 des 99 congrès locaux seront renouvelés, soit 6070 sièges à pouvoir. Les femmes sont en première ligne pour prendre toute leur place dans ces différentes assemblées, et la poussée sera forte : 3 260 femmes sont candidates dans les 46 États sousmis au vote. Là encore, le précédent record (2 649 candidates), qui date de 2016, est battu.

Les petites nouvelles qui deviennent grandes

S’il semble désormais évident que les femmes vont progresser très largement dans les congrès des États, les chances des femmes dans ce scrutin législatif au niveau fédéral sont également très élevées : sur les 125 sièges qui peuvent basculer d’un parti à l’autre (sur un total de 435), elles sont 65 candidates à pouvoir espérer devenir députée (Représentante). Cinq d’entre elles sont même certaines de siéger puisqu’elles n’ont aucune opposition !

Les primaires ont révélé plusieurs surprises, permettant à certaines d’entre elles d’émerger sur la scène nationale : Alexandria Ocasio-Corteza battu Joseph Crowley un ponte du Parti républicain, alors qu’elle était totalement inconnue jusque-là et soutenue par Bernie Sanders, le plus révolutionnaire des papys de la politique aux États-Unis. Aujourd’hui, les cadres du parti ne jurent plus que par elle et Barack Obama vient de lui apporter son soutien. 

Alexandria Ocasio-Cortez On The Future Of The Democratic Party | The View 

 Ayanna Pressley a réalisé le même exploit dans le Massachusetts 

en battant une autre star républicaine, Mike Capuano, qui était réélu haut la main depuis vingt ans.

D’autres profils ont également émergé : deux démocrates vétérans de l’armée (Amy Mcgrath et MJ Hegar), qui insistent sur leur patriotisme dans des États très républicains, pourraient ravir le poste de députée. En Idaho, au Nouveau-Mexique ou au Kansas, ce sont des Amérindiennes qui occupent désormais le devant de la scène : Paulette Jordan, Debra Haaland et Sharice Davis comptent bien faire la différence.

Les minorités sont d’ailleurs très bien représentées parmi les candidates. Certaines sont déjà très médiatisées, comme les hispaniques Michèle Lijan Grisham et Lupe Valdes, ou encore Jayana Hayes et Stacey Abrams, qui portent les espoirs de la communauté afro-américaine.

Parmi les profils les plus étonnants, on distingue ceux de Rashida Tlaib, dans le Michigan (certaine d’être élue puisqu’elle ne fait face à aucune opposition), et de Ilhan Oma, dans le 5e district du Minnesota : ces deux femmes sont musulmanes et vont faire l’Histoire en entrant au congrès. Une première, d’autant plus étonnante que le président des États-Unis s’appelle Donald Trump.

Enfin, Lupe Valdez « cumule » puisqu’elle se présente comme femme et comme hispanique, mais également comme gay. Mais son profil atypique en deviendrait presque terne en comparaison de la candidate choisie par le Parti démocrate du Vermont : Christine Hallquist est transgenre. Personne ne croit réellement en sa chance de victoire, mais elle est déjà entrée dans l’histoire de ses élections.

Il se passe donc quelque chose de nouveau #IciAussi en 2018.

Auteur : , Maître de conférences politique et société américaines et chercheur associé à l'institut Iris., Université Paris 2 Panthéon-Assas

Source : https://theconversation.com/aux-etats-unis-le-temps-des-femmes-104355

1) Evy - signature animée Titi

 

 

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