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Tu ne t'es pas présentée, tu es arrivée un jour comme les autres ; un matin, je me suis réveillée plus fatiguée que de coutume.

Je n'avais pas bien dormi cette nuit là et ma lassitude était immense. Que pouvais-je y faire... La journée débutait avec sa ribambelle de tâches quotidiennes et ce n'est pas un mauvais sommeil qui allait arrêter le temps.

Je commençais ma journée comme à l'habitude et accomplissais les gestes habituels du réveil, de la préparation des petits déjeuners, passait en vitesse sous une douche sensée réveiller mon corps, maquillageet choix, toujours compliqué, d'une tenue convenable pour aller bosser.

A l'époque, ma vie n'était pas simple du tout ; divorcée depuis peu, l'organisation de mes journées était compliquée. Mais je fonçais, ne réfléchissais pas trop et malmenais mon corps jusqu'à l'épuisement.

Je partais le matin au boulot en pensant à la fin de la journée pour m'affaler dans mon canapé dans lequel je larvais devant une débilité télévisuelle, tout en écoutant le flot ininterrompu du bavardage de ma chère fille qui n'en finissait pas de me raconter sa journée. Je l'écoutais bien sûr car c'était ma joie de vivre et mon rayon de soleil. J'étais fière de pouvoir élever mon enfant toute seule. Il fallait que je prouve au monde entier que j'en étais capable car je l'avais désirée du plus profond de mon être. Je voulais en faire quelqu'un de bien, avec mes valeurs, ma conception de la vie, mon attachement au respect de l'autre, ma tolérance à la différence et peut-être même, ma capacité à pardonner à ceux qui m'ont blessée.

Mon corps était tendu comme un arc, prêt à bondir, à faire ses preuves. J'aurais franchi des montagnes pour donner tout à mon enfant ; mais surtout, lui donner une bonne éducation et tout l'amour que mon coeur contenait.

Un élément qui m'avait échappé et qui m'a frappé en pleine gueule fût de constater que mon esprit s'engourdissait ; mon cerveau était cotonneux et n'était plus à l'écoute du monde extérieur.

Mais qu'as-tu fait de moi Madame Fibromyalgie : un ectoplasme sur deux pattes qui n'arrivait plus à avancer ; ni physiquement, ni intellectuellement. J'étais au point mort.

Je me suis battue comme un diable contre cet état de lassitude grandissant. Oui, je me suis bougée le cul, oui j'ai dépassé ces limites que tu m'imposais, oui je t'ai dis merde, oui, je t'ai hais, oui je me suis débattue contre les barreaux que tu montais tout autour de moi pour m'empêcher d'exister et de mener ma barque tranquillement aux côtés de ma fille.

Alors, quoi, tu voulais la guerre : tu l'as eue !

Mais cela n'a pas dû te convenir car une guerre est faite de multiples batailles et j'en ai perdues trop, avec toi pour ennemie.

Quelques fois, j'y ai cru ; je me suis dis : ça y est, elle s'est barrée la garce !

Mai non ; tu revenais à la charge, me jetant à terre comme un sac de pommes de terre.

Oui, tu m'as épuisée et pourtant, j'ai cherché aux tréfonds de mon corps et de mes capacités mentales, les moyens de lutter contre ton envahissement.

Mais comment, tu as pu me faire ça !!!

Je prenais un nouveau chemin de ma vie ; j'avais des tonnes de projets, j'avais trouvé ma voie, j'avais un travail.

C'est vrai qu'avec ma fille chérie nous nous sommes accrochées et ça n'a pas été tous les jours faciles, tu peux me croire. Mais nous étions heureuses malgré les problèmes de tous ordres que je rencontrais.

Nous avions bien organisé nos vies et nous étions complémentaires, ma petite Delphine et moi.

Mais voilà que tu t'ai invitée, sans bruit, un beau matin, sans même me prévenir : je n'ai pas pu me lever ce matin là.

Tu avais pris possession de mon corps et de mon mental ; tous les voyants étaient au rouge et aucune commande ne répondait.

Que pouvais-je faire alors, dis-moi ?

J'ai tout perdu à cause de toi : mon travail car j'avais des arrêts de travail à répétition et cela n'a pas dû plaire à mon employeur car j'ai fait l'objet d'un harcèlement moral et mental en bonne et due forme. J'ai craqué lamentablement et je suis tombée, tombée, tombée... jusqu'au fond du trou.

Voilà, tu devais jubiler chère Madame Fibromyalgie ; tu avais eu ma peau.

Cela a failli être le cas, soit dit en passant, car la vie n'avait plus aucun sens et je ne pouvais plus apporter à mon enfant chéri, ce que je m'étais promis de lui offrir : le bonheur, tout simplement.

Et ça, je ne te le pardonnerai  JAMAIS ! tu m'as volé ma vie et celle de ma fille qui ne demandait qu'à vivre paisiblement avec sa maman une vie faite de petits bonheurs et de grandes joies.

Je ne dis pas que je n'en ai pas eu mais ce n'est pas grâce à toi car tu as tout fait pour bousiller notre petit bonheur tranquille.

En m'imposant des douleurs absolument insupportables, de jour comme de nuit, tu m'as volé mon repos, mon sommeil, mes rêves...

Ma vie n'était que champ de ruines ; et pourtant, je me battais tous les jours, essayant de repousser tes assauts.

Mais je n'étais pas de taille, il faut croire.

Tu as imposé à mon enfant de mûrir plus vite pour palier la mère défaillante que j'étais devenue. Tu as fait d'elle une adulte avant l'âge. Elle a dû prendre des responsabilités d'adultes.

Et moi, dans tout ce cirque, tu y as pensé un seul instant.

Qu'est-ce que je peux dire à ma fille maintenant : j'ai bousillé ton enfance, je te demande pardon. J'ai l'air de quoi face à elle : une mounaque qui, au moindre effort, est épuisée et se tord de douleur jusqu'à en pleurer.

Non, bien sûr, tu t'en fous...

Tu sévis dans le corps de milliers de gens et aucun thérapeute ne trouve de parade à ton acharnement à faire souffrir.

Je ne trouve pas de mots assez forts pour qualifier ce que je ressens : ça ressemble étrangement à de la haine (mais je n'aime pas du tout de mot).

Tu m'as tout pris, tu as pourri ma vie, notre vie ; même à l'heure où j'écris cette lettre, tu continues à vriller mes muscles, les torturant, les pétrissant jusqu'à ce que je lâche prise.

Ouais, tu as raison ; je vais m'allonger sur le canapé pour que mon Amour dorme en paix, sans l'espèce d'invalide qui tourne sur son lit dans tous les sens pour trouver le sommeil... qui ne vient pas, bien sûr !

Merci Madame Fibromyalgie ; même si tu m'accompagnes jusqu'à mon dernier souffle, ce ne sera pas toi qui aura ma peau !

Je ne te souhaite pas la bonne nuit, puisque tu sévis même pendant ces heures de repos et d'apaisement que devrait connaître tout être humain.

Prends un peu de repos ma Grande, ça nous fera des vacances !!!

7

Signé : Evelyne, Evy, Maman, Mamie, etc... 

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