Charlie Hebdo a décidé de tenir tête aux terroristes en dessinant à nouveau en une de son prochain numéro le prophète Mahomet. Une provocation au regard de l'islam ?

Le délit de blasphème n'existe pas en France, mais à l'étranger, notamment au sein des autorités mulsulmanes, la couverture du dernier numéro de Charlie Hebdo a été accueillie plutôt froidement.

Pour Al-Azhar cela va « attiser la haine »

Elle a déclenché de la colère chez le conseiller du Mufti de la république égyptienne qui a « mis en garde » contre ce dessin, y voyant « une provocation injustifiée pour les sentiments d'1,5 milliard de musulmans à travers le monde ».

« Nous dénonçons la violence et respectons la liberté d'opinion. Mais l'autre partie doit comprendre que nous aimons le prophète Mahomet », a expliqué Ibrahim Negm.

La publication de ces dessins « insultants à l'égard du prophète » va « attiser la haine (...). Elle ne sert pas la coexistence pacifique entre les peuples et entrave l'intégration des musulmans dans les sociétés européennes et occidentales », a indiqué le centre de recherches islamiques d'Al-Azhar, l'une des plus prestigieuses institutions de l'islam.

Du Sénégal à l'Iran

Au Sénégal, « tous les moyens » devaient être employés pour interdire la distribution et la diffusion du numéro de mercredi de Charlie Hebdo et Libération. 

L'Iran a également condamné un « geste insultant » qui, selon la porte-parole de la diplomatie iranienne, « peut relancer le cercle vicieux du terrorisme ».

Les autorités musulmanes ne sont pas les seules à regretter ces caricatures de Mahomet. Le malaise est également présent chez nombre de musulmans modérés.

Rien ne justifie une telle interdiction

Le caricaturiste palestinien Ramzy Taweel, qui avait soutenu les dessinateurs assassinés, n'hésite pas à comparer, dans son dernier dessin, le journal satirique français à du papier toilette. 

« Mon cœur est avec les familles, ce qui est arrivé est terrible », confie M. Taweel, 36 ans, penché sur une tablette graphique, chez lui à Ramallah.

Dans le Coran, « il est interdit de tuer qui que ce soit pour ses idées », souligne-t-il. « Cela signifie-t-il que j'accepte ce qu'ils dessinent ? Non, cela me pose problème ».

Sauf que rien dans les textes du Coran ou dans la tradition prophétique ne justifie l'interdit religieux de représenter le prophète, bien au contraire, selon l'islamologue français Ghaleb Bencheikh.

Cette interdiction pourrait en revanche provenir de hadiths, c'est à dire les textes et les paroles prononcées par le prophète et rassemblées dans la Sunna. Qui n'entre pas forcément en concordance avec le Coran. Même si ce sont les les deux grandes sources de la foi et de la vie des musulmans rappelle Louis Gardet dans Islam, religion et communauté.

« Mais s'il fallait les suivre à la lettre, il ne devrait y avoir ni statues, ni photographies, ni télévisions dans les pays musulmanns, rappelle Le Point », expliquant qu'ils étaient surtout destinés « à combattre l'idolâtrie, un péché dénoncé dans l'islam, comme d'ailleurs dans le judaïsme et le christianisme. »

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Source :

http://www.ouest-france.fr/islam-peut-caricaturer-le-prophete-mahomet-3116632?utm_source=of_newsletter-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_newsletter-generale&utm_content=20150117&vid=042035060061059051097116014036040046060041125055041063