Cinq millions de personnes vivent aujourd'hui seules en France. Elles étaient quatre millions en 2010. (Photo AFP)

Un Français sur huit vit aujourd'hui seul et le phénomène augmente, révèle une étude. Les personnes âgées sont les plus nombreuses à manquer de liens sociaux, mais les 18-29 ans font désormais aussi partie de cette « famille ».

Robert, 90 ans, vit seul à Lille dans un appartement. Invalide à 80 %, il trouve les journées « longues ». « Les voisins, je leur dis bonjour quand je les vois, mais c'est tout. J'ai des enfants, mais ils ont leurs occupations, leur vie, je ne les vois pas souvent, c'est comme ça ». Il parle d'une amie, qui lui « apporte un peu de réconfort », et surtout d'une bénévole d'association qui lui rend visite une fois par semaine. « On discute et elle m'aide à faire des courses dans le quartier ». En 2014, les Français sont cinq millions, soit un million de plus qu'en 2010, à ne pas avoir de relations sociales au sein des cinq réseaux de sociabilité (familial, professionnel, amical, de voisinage ou autour de centres d'intérêt), souligne une enquête de la Fondation de France.

De toutes les générations, les plus de 75 ans ont subi de plein fouet cette montée de la solitude depuis quatre ans. Une personne âgée sur quatre est désormais seule (27 % en 2014 contre 16 % en 2010).

Selon l'enquête, tous leurs réseaux de sociabilité se sont affaiblis et le phénomène s'est notamment amplifié dans les grandes villes. Ainsi, 33 % des personnes âgées résidant dans une ville de plus de 100.000 habitants sont en situation d'isolement, contre 21 % de celles résidant au sein d'une commune rurale.

« Les solidarités se réduisent »

Sans surprise, la perte d'autonomie et la maladie « jouent de manière très négative sur le maintien ou le développement de la vie sociale ».

« Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles pour les personnes âgées car leur environnement devient plus hostile et les solidarités de proximité se réduisent », analyse Francis Charhon, le directeur général de la Fondation de France.

L'étude 2014 témoigne de « l'affaiblissement des grands réseaux de proximité » : quatre Français sur dix n'ont pas de contact avec leur famille au-delà de quelques rencontres annuelles (39 % en 2014 contre 33 % en 2010), un sur quatre n'a pas de relations amicales soutenues (25 % en 2014 contre 21 % en 2010), et près de quatre sur dix n'ont pas ou peu de contacts avec leurs voisins (36 % contre 31 %).

Pauvreté et chômage déterminants

En parallèle, la solitude s'est également aggravée chez les plus jeunes, puisque le phénomène touche désormais les 18-29 ans, « jusque-là préservés ».

La pauvreté et l'accès à l'emploi semblent déterminants pour l'intégration sociale, souligne l'étude.

L'incidence du chômage est particulièrement forte entre 50 et 59 ans puisque 29 % des demandeurs d'emploi de plus de 50 ans sont seuls (contre 12 % en moyenne sur l'ensemble de la population).

Toujours selon l'étude, les réseaux sociaux virtuels ne sont pas une compensation au manque de liens sociaux : 80 % en situation d'isolement objective ne les fréquentent pas.

 

Mis en ligne par Evy, le 08 juillet 2014.

Source :

http://www.letelegramme.fr/france/solitude-le-phenomene-prend-de-l-ampleur-08-07-2014-10248349.php?xtor=EPR-3-[quotidien]-20140708-[detailarticle]